• L’histoire se situe dans la Région d’« Absurdie », une Région dirigée par quelques barons indétrônables. Ces barons s’affichent en apparence comme étant de la même mouvance.

    Mais au-delà de l’image d’Epinal, il existe une lutte de pouvoir fratricide sur le découpage des territoires qui va être le fil conducteur de ce feuilleton.

    Bien sûr, cette histoire n’est que pure fiction. D’ailleurs toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.

    Comme pour toute fiction, il me faut en préalable vous camper quelques personnages clés de ce polar. Je me suis demandé comment procéder pour vous éviter un énoncé ennuyeux des protagonistes du feuilleton que je vous propose.

    Je n’ai pas le talent de Christophe Hondelatte dans « Faites entrer l’accusé » et pourtant j’ai choisi de faire entrer mes personnages dans votre quotidien au fil des événements judicaires.

    Bon, il faut bien que cette fiction ait un rapport avec l’actualité qui gouverne nos idées. Alors je me lance avec la mise en examen récente d’un juge.

    Pas mal çà comme accroche ! Ce n’est pas banal quand même, un juge placé  en garde à vue puis en détention pour suspicion de corruption, trafic d’influence et escroquerie. Tiens, n’est-ce pas en ce moment que le Parlement aborde la réforme de la garde à vue ?

    Présumé innocent des chefs d’accusation qui sont proférés à son encontre, le juge qui se croyait « indéboulonnable » reste à ce jour abasourdi. Victime d’un corbeau, il se repasse dans la tête tous les prévenus qui pourraient lui en vouloir au point de chercher à l’abattre dans son activité professionnelle.

    Il a beau chercher, tout comme ses collègues qui croient en lui, il a en effet pour réputation d’être un magistrat humain. Les avocats expriment leurs louanges sur son esprit de synthèse et sur sa façon de mener les débats en correctionnelle.

    Et voilà que les journalistes font certains rapprochements avec des événements datant de juin 2009. Ces événements ont défrayés la chronique dans la ville rebaptisée « Calamity City » depuis 2001.

    La division économique et financière (DEF) de la direction interrégionale de police judiciaire (DIPJ) convoque l’adjoint au Maire de cette ville en charge de l'urbanisme. Cet élu est soupçonné de prise illégale d'intérêt, autrement dit d'avoir profité de sa position d'élu à des fins personnelles.

    On lui reproche d'avoir fait modifier le plan local d'urbanisme pour vendre à un prix plus élevé des terres agricoles.

    « Monsieur X  a acquis un terrain agricole en juillet 2003 pour la somme de 3689 € puis l'a revendu en juin 2007 pour la somme de 774 700€, après que ce terrain eut été classé en zone constructible par le plan local d'urbanisme de la ville », explique la Procureure de la République.

    Or au grand étonnement de tous, il faut le dire, même du propre avocat, Monsieur X, le 24 juin, bénéficie de l'extinction de l'action publique pour cause de prescription. L’action a été menée dix huit jours trop tard. Juste quelques petits dix huit jours ont permis à Monsieur X d’éviter la peine encourue :cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

    Seulement voilà, quelques jours plus tard, c’est au tour du Maire de « Calamity City » le 7 avril 2009 d’être placé en garde à vue puis mis en examen pour "détournement de fonds publics par personne chargée d'une fonction publique", pour "complicité et recel" de cette infraction et pour "faux en écritures privées et usage", pour "favoritisme" et "recel de favoritisme".

    On parle alors de révélations faites par une fonctionnaire de la ville alors qu’elle était en phase terminale d’un cancer. Faut-il croire à cette thèse ? Nul ne le sait vraiment…Un seul argument en faveur du doute, cette personne travaillait à la Direction de l’Urbanisme…Étrange, non ?

    Au-delà des supputations, un élément irréfutable de cette affaire est la haine qui s’est installée dans les relations de deux hommes, autrefois amis et même peut-être complices.

    La presse écrite locale dans un article diffusé le 21 janvier 2011 cherche les causes de la mise en examen du juge :

    « Ici, on ne sait pas encore grand-chose de ce que les deux juges d’instruction (en charge de cette affaire) reprochent au juge. Tout semble parti d’une dénonciation auprès (d’une confrère) à laquelle un courrier anonyme suggérait que (l’intéressé) était peu regardant sur la déontologie. Cette juge instruisant le dossier de (« Calamity City ») … (a interrogé l’ex-Maire de cette ville qui devrait être jugé en fin d’année 2011). Une sombre histoire de vengeance entre lui et son ancien adjoint à l’urbanisme serait à l’origine de cette lettre »

    La télévision régionale fait également le lien avec l’ex Maire de « Calamity City » : « L’ex Maire semble avoir construit un véritable dossier contre le magistrat et aurait menacé de s’en servir lors de son propre procès ».

    Ce coup de tonnerre politico-judiciaire récent de la Région d’« Absurdie » est à replacer dans son contexte historique. C’est bien l’objet de mon écrit du jour et de mes écrits à venir….du moins, si cela vous intéresse ???


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  • Le 1er épisode de « vertiges du pouvoir » commence sur cette phrase :« L’histoire se situe dans la Région d’« Absurdie », une Région dirigée par quelques barons indétrônables. Ces barons s’affichent en apparence comme étant de la même mouvance. »

    Mais avant de devenir la Région d’« Absurdie », c’était une zone industrielle principalement charbonnière qui a connu un essor sans précédent jusqu’après 2nde guerre mondiale

    Imaginez prendre place dans une machine à remonter le temps qui vous « téléporte » dans cette même région se situant au Nord de la France sous le règne de Louis Philippe qui favorise l’essor industriel.

    L’essor industriel assure la prospérité de la bourgeoisie au détriment des ouvriers. En 1847 on comptait 6 millions d'ouvriers en France. L'espérance de vie d'un ouvrier d'usine ne dépassait pas 30 ans. En 1840 à la suite de violentes grèves, la chambre des députés avait dû limiter le travail des enfants de 8 à 12 ans à 8 heures par jour.

    L’exploitation du charbon qui a déjà commencé dans le Département du Nord, arrive en 1841 dans le Département du Pas de Calais.

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    Tant que la main d’œuvre des exploitations minières se trouvait dans la population locale, l’habitat minier restait très modeste. Avec l’extension géographique de l’exploitation minière et son intensification, la population active commence à être recrutée de plus en plus loin. Venant de l’étranger, dans un 1er temps, on voit arriver une main d’œuvre importante de Pologne.

    Le tissu urbain minier se crée alors dans une double logique de proximité avec le lieu de production et d’encadrement social. Les corons apparaissent avec leurs règles de vie. La mine loge, fait travailler, fait vivre hommes, femmes et enfants dans une discipline de fer. L’ouvrier qui ne se plie pas aux règles imposées est banni, et perd tout dans le même temps, son logement, comme son travail, comme la possibilité de faire vivre sa famille.

    Ces cités dortoirs sont également le reflet de la hiérarchie dans l’entreprise puisqu’on y retrouve différents types d’habitat répartis en fonction de la catégorie sociale, de la maison de l’ingénieur à la maison du mineur.

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    En 1885 Emile Zola publie « Germinal », une peinture édifiante des conditions de vie des mineurs. C’est aussi l’époque de création des Chambres Syndicales du Nord et du Pas de Calais.

    A force de luttes ouvrières, les mouvances syndicales prendront de l’ampleur, la mine s’humanisera lentement :

    1890 La loi du 8 juillet institue les délégués mineur, élus, avec mission de surveiller les conditions de sécurité et d'hygiène.

    1892 Les travaux du fond sont interdits aux femmes

    1894 Loi du 29 juin qui crée les Caisses de Secours, organismes mutualistes pour la constitution des retraites et l'assurance contre les risques invalidité-maladie

    1914 25 février, institution de la caisse autonome de retraite des mineurs.

    1936 Grève générale dans les mines. Suite aux accords de Matignon, les mineurs obtiennent deux semaines de congés payes, 38 h 40 de travail hebdomadaire pour le fond, l'institution des délégués du personnel.

    ----------------------

    Après les souffrances de la guerre 1914/1918, et la phase de reconstruction, l’exploitation minière est à son apogée en 1930.

    En 1936 une grève générale éclate dans les mines. Suite aux accords de Matignon, les mineurs obtiennent deux semaines de congés payes, 38 h 40 de travail hebdomadaire pour le fond, l'institution des délégués du personnel.

    A la veille de la 2nde guerre mondiale, le bassin minier du Nord Pas de Calais produisait 60% de la production française de charbon.

    Après la guerre, le Général de Gaulle et Maurice Thorez décrètent en 1945 la mobilisation des mineurs et lancent la bataille du charbon. C'est l'union sacrée des communistes et du chef de la France libre pour relever le pays.

    Déjà inscrit dans le programme de la résistance et réalisée par échelons successifs à partir de la libération du territoire, la nationalisation de l'industrie charbonnière française reçoit sa forme définitive avec la loi du 17 mai 1946 portant création de Charbonnages de France et de neuf houillères de bassins dont les Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais

    Les mineurs gagneront cette bataille et contribueront, dans des conditions terribles de pénurie,au relèvement économique du pays.

    En 1946 La silicose est reconnue maladie professionnelle. Généralisation de la Sécurité Sociale Minière.

    -----------------------------

    De 1950 à 1960, le Bassin connaît une période de modernisation et de gains de productivité mais sans marge financière,les résultats financiers se dégradent face aux concurrents vendant du gaz naturel ou du pétrole.L'inquiétude gagne le pays minier.

    La population inquiète manifeste, des mouvements de grève sont lancés. Les grèves de 1948 se traduisent par le licenciement de près d’un millier de militants syndicalistes. Dans plusieurs puits la CGT est décapitée mais se relèvera après les prises de décisions gouvernementales d’arrêter l’embauche.

    Les grèves de 1963 génèrent un véritable élan de sympathie en faveur des mineurs. Les organisations syndicales recevront l’assurance du maintien des droits acquis en matière de logement.

    Il faut noter l’imbrication syndicale et politique. Ainsi avec la CGT, le parti communiste a une position hégémonique dans les fosses.

    Coté socialiste, les militants s’appuient sur des groupes sociaux plus large (employés, professions intermédiaires, commerçants et artisans notamment). Leur influence est prépondérante au sein des amicales laïques, des syndicats d’enseignants, des fédérations de parents d’élèves, du syndicat Force ouvrière.  Le parti Socialiste profite du dynamisme du monde enseignant particulièrement investi dans la vie associative.

    Politiquement, « Le gâteau » des nombreuses communes du bassin minier est partagé entre les communistes et les socialistes. L’ancrage à gauche est donc un élément de l’histoire du bassin minier.

    A partir de 1967, on entre dans une période de décroissance de la production charbonnière extrêmement rapide. Cette évolution amènera  tous les responsables (gouvernement, syndicats, dirigeants des Houillères) à prendre conscience de la nécessité d’organiser la fin de l’exploitation du charbon.


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  • Lorsque sonne le glas de la production charbonnière, les socialistes ont l’intelligence de se tourner vers l’avenir et de s’orienter vers la reconversion face à une position communiste trop passéiste.

    C’est au début des années 1970 que sera créée la puissante Fédération Socialiste du Pas de Calais.

    Le PS deviendra le 1er parti de gauche du bassin minier. Henri DARRAS, Député Maire de Liévin, instituteur et fils d’un mineur syndicaliste, se présente comme défenseur acharné des mineurs, retraités et veuves. A travers la défense des ayant-droits et de la gratuité du logement, les élus locaux réactivent le rôle « traditionnel » de défenseur des mineurs en même temps que la revendication du transfert de gestion qui leur permettrait de prétendre à un nouveau rôle, celui d’entrepreneur de la reconversion.

    L’Association des Communes Minières apparait également à cette date sous l’égide de Henri DARRAS (Liévin), André Delelis(Lens) et Jacques Piette (Hénin Beaumont). Elle a pour objet « la défense des communes minières, notamment à l’égard de la dévolution des patrimoines immobiliers et mobiliers des HBNPC et des charges et servitudes qui en découleront.

    En 1972 est créé la procédure de remise aux normes des cités minières qui seront cédées aux communes. Au niveau national est créé un Groupe Interministériel pour la Restructuration des Zones Minières (GIRZOM).

    Le 25 avril 1983, à Lille, François Mitterrand, Président de la République annonce la fin de l’extraction du charbon dans le Nord Pas de Calais. Un programme de fermeture échelonnée des derniers établissements est établi. Le 21 décembre 1990, les mineurs de la fosse 9 à Oignies remontent la dernière gaillette.

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    Le poids de l’héritage minier est de 82 600 logements dans le Pas de Calais et 30 400 dans le Nord. 78% des logements ont 3 ou 4 pièces. Les plus petits logements (1 à 2 pièces) ne représentent que 9% de l’ensemble. A l’exception des logements les plus récents ce parc ne disposait que de peu d’éléments de confort moderne, les voiries des cités minières n’étaient pas aux normes, les réseaux d’assainissement étaient très insuffisants. L’urbanisation liée à la mine laisse des cités et des friches industrielles souvent à l’écart des centres-villes.

    Charbonnage de France gère les réhabilitations de logements jusqu’en 1985. A la fin de 1985 intervient sous l’égide du Ministère de l’Industrie, la création de la Société de Gestion Immobilière du Nord-Pas de Calais (SOGINORPA), filiale des HBNPC.

    En pleine phase de mise en œuvre de la vaste réforme de la décentralisation affirmant le pouvoir des élus locaux, le statut privé de la SOGINORPA est critiqué par les élus qui s’estiment écartés des pouvoirs décisionnels de réhabilitation.

    On peut ajouter la modification rapide de la structure d’occupation du parc de logement qui se produit à cette époque. Le nombre d’ayant-droits commence en effet à diminuer sensiblement chaque année sous l’effet des décès et ces derniers sont remplacés dans le même temps par de nouveaux locataires de droit commun.

    Cette dynamique en cours produit deux effets majeurs :

    1. d’une part contribuer à aiguiser l’appétit des élus pour ce parc, devant les enjeux de renouvellement rapide de son peuplement et l’anticipation des demandes sociales induites

    2. d’autre part les rentrées financières (loyers) générées par ce parc

    La gestion du logement minier est plus que jamais l’objet de toutes les convoitises.

    NB :La difficulté de travailler ensemble empêchera la création pourtant largement préconisée d’une  Communauté Urbaine réunissant les districts existants et l’ensemble des communes du bassin minier du Pas-de-Calais (soit plus de 500000 habitants). Face aux divisions internes, les districts d’antan deviendront en 2000 des Communautés d’Agglomération : Hénin Carvin et Lens Liévin. Le 25 juin 2004 la Communauté d’Agglomération de Lens Liévin adoptera la dénomination de Communaupole.

    Dés l’annonce par Michel Rocard d’un possible transfert de gestion du patrimoine minier aux élus lors de sa visite éclair en 1988, à la mise en place effective de la Sacomi en octobre 1992, quatre années s’écoulent durant lesquelles la perspective du transfert de gestion aux élus va cristalliser de nombreux débats et affrontements entre acteurs du bassin minier, avec une intensité toute particulière dans le Pas-de-Calais.

    Quels sont les acteurs qui comptent dans la détermination des politiques publiques du logement minier avant le transfert de gestion aux élus ? Le Girzom pour la rénovation des voiries et la Soginorpa pour la politique de gestion et de réhabilitation des logements apparaissent comme les lieux principaux de son élaboration et de sa mise en oeuvre.

    Ce rôle central de l’Etat dans la politique Girzom a été peu affecté par le transfert de la gestion du parc de logements miniers aux élus de 1992 à 1996. Si les acteurs de la Sacomi ont essayé de peser sur les programmations Girzom qui constituaient une entrave à leur liberté dans la programmation des réhabilitations, ils ne sont jamais parvenus à en prendre la maîtrise complète.

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  • Il s’agit de la situation de170 communes minières regroupant au total 1 038 000 habitants en 1990

    Jean-Pierre Kucheida (liévin), Marcel Wacheux (Bruay la Buissière), ou encore André Delelis (Lens), principaux protagonistes de la « bataille du logement », sont tous maire d’une commune où le parc minier est présent en nombre (a contrario, les maires de Douai, Valenciennes ou Béthune où les logements miniers sont peu nombreux n’apparaissent quasiment pas).

    Kucheida recevra l’appui de Daniel Percheron, premier secrétaire de la fédération PS du Pas de Calais de 1973 à 1997, contre son opposant André Delelis, ancien ministre et maire de Lens. Marcel Wacheux sera également écarté.


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    Jean Pierre Kucheida deviendra donc le Président de la SACOMI, Société d’Aménagement de Communes Minières, créée en avril 1991 par la Région Nord Pas-de-Calais, les départements du Nord et du Pas-de-Calais, l'Association des Communes Minières et Charbonnages de France.

    Entre la promesse de François Mitterrand à Lens en 1983 et la signature du protocole d’accord sur les prérogatives de la Sacomi en avril 1992, dix ans se sont écoulés. Dix ans pendant lesquels les socialistes ont été au pouvoir, hormis de 1986 à 1988.

     

    La gérance de Soginorpa est confiée par les Charbonnages de France à la SACOMI le 1er décembre 1992. En obtenant la gérance de la Soginorpa, la Sacomireçoit également pouvoir sur l’une des toutes premières entreprises donneuses d’ordres au niveau régional en matière de marchés de travaux.

    Pourtant la gérance de la SOGINORPA ne s’obtient pas sans heurt. Les conditions de gestion sont très contraignantes. La première est le maintien de la propriété des logements à Charbonnages de France. Ce maintien de propriété permet à CdF de négocier des critères de gestion très serrés. Parmi ceux-ci l’interdiction de recourir à l’emprunt et surtout l'obligation pour la Soginorpa de rembourser le solde d’une créance détenue sur elle par Charbonnages de France, à raison de 150 millions de francs par an, prélevés sur les recettes de loyers.

    La SACOMI a besoin de légitimité. Kucheida adopte un vaste plan de communication et un journal est envoyé gratuitement aux habitants des cités. Les administrateurs de la Sacomi, et son président en tête, entreprennent également une tournée des cités minières. Les articles de presse sont légion représentant Jean-Pierre Kucheida au milieu d’habitants, vantant les mérites de la nouvelle structure et les relations renouvelées qu’elle souhaite établir avec la population des cités, sur le mode de la concertation et de la transparence.

    Dès 1993, le Conseil d’administration envisage de passer des conventions avec la Soginorpa et les communes afin de définir conjointement les objectifs et les moyens de la politique du patrimoine minier dans chaque commune.

    Un Programme d’Intervention Concerté (P.I.C.) est ainsi joint en annexe à la convention qui détermine le contenu du programme de réhabilitation, d’entretien et toutes autres interventions de la Sacomi/Soginorpa.

    Légitimé sur le registre de l’aménagement et du partenariat, ce programme offre en réalité de nombreux privilèges aux communes signataires et d’abord une priorité dans les politiques de réhabilitation ou d’entretien des logements.  De plus, les communes signataires se voyaient associées aux commissions d’attribution des logements. Se met donc en place au travers des conventions un véritable échange par lequel la Sacomi récompense ceux qui la reconnaissent.

    Mais attention, la SACOMI n’a pas tout pouvoir car l’Etat ne l’a pas souhaité dans le transfert de la SOGINORPA. La Sacomi essaiera tout au long de son mandat de peser sur les décisions des groupes Girzom dans lesquels elle est représentée mais où elle est minoritaire. L’écart entre les prétentions de la Sacomi et le rôle qui lui est dévolu par d’autres institutions apparaît à l’occasion de la négociation du contrat-plan Etat/région en 1994. L’Etat refuse d’associer la Sacomi. Les prétentions de la Sacomi concernant la requalification des friches se heurte aux charbonnages de France sur les conditions de restitution des territoires concernés.

    Ainsi, très peu de communes soutiendront la Sacomi au moment de la remise en cause de son contrat de gestion en 1996. La rupture du mandat de gestion en juin 1996 est même l’occasion d’une réactivation des clivages partisans sur la question du devenir du patrimoine. C’est désormais l’après-Sacomi qui est en jeu.

    Le gouvernement qui détient maintenant l’initiative décide en effet de remplacer la

    Société Civile Immobilière (SACOMI) par une Société par Actions Simplifiées (S.A.S), prétextant de la possibilité d’y associer plus étroitement les élus et les représentants des habitants, par l’intermédiaire d’un « conseil des partenaires».

    Les négociations portent donc sur les pouvoirs attribués à ce conseil, qui seront au bout du compte bien minces, laissant la maîtrise de la gestion du logement minier à la société Charbonnages de France.

    Et pourtant, pourtant…….

     

    En 2002 l’ancien patrimoine immobilier des Charbonnages de France est cédé à EPINORPA, établissement public régional et quatrième propriétaire immobilier en France. Avec 65 000 logements répartis sur 150 communes, il s’agit de l’un des plus importants patrimoines immobiliers et culturels français.

    EPINORPA (établissement public régional) devient actionnaire unique de Soginorpa, en lieu et place de Charbonnage de France.

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    La société Charbonnages de France (CDF) créée en 1946 lors de la nationalisation des houillères est dissoute le 31 décembre 2007.

    Sous l'impulsion de Jean-Pierre Kucheida,  député-maire de Liévin et actuel président de la communauté d'agglo de Lens-Liévin, « Maisons et Cités » est créée, englobant Epinorpa. Il s'agit d'élargir le panel d'activités de l'établissement public afin qu'il soit autonome dans sa capacité à réhabiliter les logements.

    Adévia est une société d’économie mixte d’aménagement et de développement de projets créée en 2008 par regroupement de deux structures d'aménagement : Artois Développement et la Société d'Équipement du Pas-de-Calais (SEPAC).

    La Centrale foncière régionale (CFR), une société anonyme par actions simplifiée (SAS) est créée en janvier 2008 par l'office public Pas-de-Calais Habitat, la SEM Adévia et le bailleur social Épinorpa-Soginorpa. Sa raison d'être est d’« Acquérir des réserves foncières »

     

    Seulement voilà, la Chambre Régionale des Comptes veille et épingle l’Épinorpa, la Soginorpa et Adévia  pour gestion douteuse et prise de risques inconsidérés. Spéculation à tout va, placements à risques, erreurs de gestion, opacité et rétention d'informations... Publié par « Rue 89 » le rapport de la Chambre Régionale des Comptes sur la Soginorpa (qui gère 65 000 logements dans la région) raconte comment les responsables ont joué au casino avec des fonds destinés à la réhabilitation des logements miniers.

    http://piervion.over-blog.com/article-comment-j-pierre-kucheida-a-specule-avec-l-argent-des-logements-miniers-et-beaucoup-perdu-57444252.html

    La CRC dénonce également l’utilisation des finances de la Centrale Foncière Régionale (CFR) qui ont principalement été consacrées à l'acquisition de terrains, favorisée par Philippe Demarquilly, adjoint du Maire d’Hénin Beaumont, le trop célèbre Gérard Dalongeville, d'une surface totale de 25,6 hectares pour un prix de 8,2 millions d'euros à Hénin-Beaumont »

    Tiens, tiens, nous revenons à Hénin Beaumont !... Alors, dans les prochains épisodes, revenons « AUX AFFAIRES »….qui n’en finissent pas de ressortir….


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  • Souvenez-vous …Guy Mollet, Président du Conseil sous la 4éme République est Secrétaire Général du Parti socialiste(SFIO) de 1946 à 1969. En 1969, la SFIO disparaitra pour laisser la place au nouveau parti socialiste.

    C’est le changement de la Direction Nationale qui bouleversera les équilibres fédéraux. Ainsi dans le Pas de Calais, un groupe se constitue pour prendre progressivement le contrôle de la fédération.

    Le noyau de ce groupe est composé pour l'essentiel d'enseignants d'origine ouvrière militant à la FEN (au SNI ou au SNES), appartenant à une même génération.

    Une partie a lié connaissance au sein de la section de Lens comme Daniel Percheron, Jean-Marie Alexandre à l'École normale d'Arras.

    Ses atouts tiennent d'une part à la confiance du maire de Lens, André Delelis, dont l'influence est importante dans tout le bassin minier grâce à sa fonction de président de l'Association des communes minières, et d'autre part aux soutiens nationaux et régionaux de Pierre Mauroy (Jacques Mellick est membre de son équipe depuis le début des années 60) et de François Mitterrand (Daniel Percheron et Claude Wilquin, anciens conventionnels, disposent de soutiens dans l'entourage de ce dernier) qui cherchent à éliminer définitivement Guy Mollet et à rallier les mandats de la troisième fédération du parti.

    Parmi cette équipe on retrouve :

    - Daniel Percheron, né en 1942 dans une famille d'enseignants, originaire de Lens, certifié d'histoire-géographie, militant au SGEN puis au SNES, membre de la CIR jusqu'en 1969, date à laquelle il rejoint le nouveau parti socialiste ;

    - Jean-Pierre Kucheida, né en 1943, fils d'agent de maîtrise des Houillères devenu commerçant, originaire de Liévin, ancien élève à l'Ecole normale, certifié d'histoire géographie, militant au SNI puis au SNES, adhérent de la SFIO depuis 1968 ;

    - Jacques Mellick, né en 1941, fils de “fonctionnaire européen” membre actif de la SFIO, originaire de la région de Bruay-en-Artois, adhèrant à la SFIO en 1959, secrétaire national des JS en 1964, engagé aux côtés de Pierre Mauroy à la Fédération Léo Lagrange et au CEDEP, puis cadre à la coopérative Artois-logement ;

    - Guy Lengagne, né en 1933, fils d'un inspecteur des PTT adjoint au maire socialiste de Boulogne, agrégé de Mathématiques, maître de conférence à l'Université d'Amiens, militant au SNES puis au SNESUP, militant aux Jeunesses socialistes de 1953 à 1956, et ayant adhéré au PS en 1971.

    - Jean-Marie Alexandre, né en 1946, fils d'employé des mines adjoint au maire socialiste de Souchez, entré à l'École normale après la troisième, instituteur, secrétaire général à la coordination du SNI, membre du PS depuis 1968

    L'équipe regroupée autour de Daniel Percheron et Jacques Mellick s'emploie à dénoncer l'immobilisme militant de la direction sortante, son manque de discipline à l'égard de la direction nationale et son insuffisante attention aux problèmes économiques et aux luttes sociales, manière de rappeler la nécessité d'un rééquilibrage de la fédération au profit du bassin minier en évitant de heurter de front ses élus.

    Des outils sont mis en place tel le CERES, (centre d’étude, de recherche et d’éducation socialiste) dirigé par Chevènement et ses amis dont le véritable lancement dans le département, en 1973, est soigneusement organisé par Daniel Percheron, Jacques Mellick et Jean-Marie Alexandre, secrétaire général adjoint du SNI du Pas-de-Calais.

    Le CERES dans le Pas-de-Calais apparaît donc avant tout comme un moyen de mobiliser le milieu enseignant pour renverser l'équipe molletiste.

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    En 1973, Percheron n’a que 31 ans lorsqu’il met un terme au Mollétisme en s'emparant de main de maître de l'appareil socialiste du Pas-de-Calais pour prendre la Présidence de la Fédération.

    De 1975 à 1976, 2000 adhérents supplémentaires sont comptabilisés. 50 nouvelles sections et surtout 112 groupes socialistes d'entreprise (GSE) sont créés.

    Le travail des sections est pris en charge pour une bonne part par la fédération qui, fait unique en France, a mis sur pied une imprimerie procédant gratuitement à l'impression de tracts et de journaux dont les permanents proposent au besoin le modèle.

    C'est en effet à cette période qu'est réactivée l'image d'une fédération “ouvrière”, “engagée dans les luttes”, “militante”, “unie”...

    Ce travail symbolique s'opère dans plusieurs directions ; le militantisme est par exemple systématiquement valorisé dans la presse fédérale : les sections les plus méritantes font l'objet de reportages, les portraits des élus mettent en avant leurs qualités militantes et la dimension “socialiste” de leur gestion, les vieux militants du parti sont mis à l'honneur.

    La fédé du Pas-de-Calais est avant tout électoraliste. Certains s’attarderont à regretter l’absence de débats idéologiques, la démocratie interne faible” et le fait que le PS local soit un “parti d'élus et de supporters d'élus”.

    Les élus ne cessent de rappeler leurs origines ouvrières : la simplicité, la bonhomie, le goût de la bonne chère, l'usage du “chtimi”

    Le maire apparaît au centre de toutes les nombreuses manifestations locales, est déjà très éloquente. Pas un week-end sans que celui-ci ne préside une réunion d'association ou n'assiste à un banquet.

    Cet activisme associatif s'explique par la concurrence acharnée à laquelle se sont livrées sur ce terrain depuis près d'un siècle, d'abord les Compagnies, l'Église et les municipalités ouvrières, ensuite les militants socialistes, communistes et aussi démocrates-chrétiens.

    La densité des associations dans les villes ouvrières du Pas-de-Calais n'est donc pas l'expression “naturelle” de la sociabilité ouvrière, mais le fruit de l'intérêt qu'ont eu élus et militants à la canaliser en leur faveur.

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    La volonté de maîtriser toutes les initiatives à travers un contrôle étroit des subventions caractérise la gestion d'Henri Darras (maire de 1952 à 1981), ainsi que celle de son successeur, Jean-Pierre Kucheida.

    Le contrôle de la vie locale y est très étroit grâce à une politique de présence tous azimuts du maire et de ses principaux adjoints. On comprend mieux dès lors la position cruciale qu'occupent les élus dans la structuration locale du milieu socialiste, et les raisons pour lesquelles toutes les campagnes électorales ou de propagande orchestrées par la fédération utilisent leur notoriété et leur image pour faire passer le message.

    Dans les années 70, le PS a nettement mieux résisté dans le Pas-de-Calais, jusqu'à rafler la totalité des sièges de députés en 1981 et la majorité absolue au Conseil général en 1982.

    Source de documentation : http://ceraps.univ-lille2.fr/fileadmin/user_upload/enseignants/Sawicki/Sawicki-Les_reseaux_du_PS__2_.pdf


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