• Vertiges du pouvoir (5) Prise de pouvoir de la Fédération Socialiste du Pas de Calais

    Souvenez-vous …Guy Mollet, Président du Conseil sous la 4éme République est Secrétaire Général du Parti socialiste(SFIO) de 1946 à 1969. En 1969, la SFIO disparaitra pour laisser la place au nouveau parti socialiste.

    C’est le changement de la Direction Nationale qui bouleversera les équilibres fédéraux. Ainsi dans le Pas de Calais, un groupe se constitue pour prendre progressivement le contrôle de la fédération.

    Le noyau de ce groupe est composé pour l'essentiel d'enseignants d'origine ouvrière militant à la FEN (au SNI ou au SNES), appartenant à une même génération.

    Une partie a lié connaissance au sein de la section de Lens comme Daniel Percheron, Jean-Marie Alexandre à l'École normale d'Arras.

    Ses atouts tiennent d'une part à la confiance du maire de Lens, André Delelis, dont l'influence est importante dans tout le bassin minier grâce à sa fonction de président de l'Association des communes minières, et d'autre part aux soutiens nationaux et régionaux de Pierre Mauroy (Jacques Mellick est membre de son équipe depuis le début des années 60) et de François Mitterrand (Daniel Percheron et Claude Wilquin, anciens conventionnels, disposent de soutiens dans l'entourage de ce dernier) qui cherchent à éliminer définitivement Guy Mollet et à rallier les mandats de la troisième fédération du parti.

    Parmi cette équipe on retrouve :

    - Daniel Percheron, né en 1942 dans une famille d'enseignants, originaire de Lens, certifié d'histoire-géographie, militant au SGEN puis au SNES, membre de la CIR jusqu'en 1969, date à laquelle il rejoint le nouveau parti socialiste ;

    - Jean-Pierre Kucheida, né en 1943, fils d'agent de maîtrise des Houillères devenu commerçant, originaire de Liévin, ancien élève à l'Ecole normale, certifié d'histoire géographie, militant au SNI puis au SNES, adhérent de la SFIO depuis 1968 ;

    - Jacques Mellick, né en 1941, fils de “fonctionnaire européen” membre actif de la SFIO, originaire de la région de Bruay-en-Artois, adhèrant à la SFIO en 1959, secrétaire national des JS en 1964, engagé aux côtés de Pierre Mauroy à la Fédération Léo Lagrange et au CEDEP, puis cadre à la coopérative Artois-logement ;

    - Guy Lengagne, né en 1933, fils d'un inspecteur des PTT adjoint au maire socialiste de Boulogne, agrégé de Mathématiques, maître de conférence à l'Université d'Amiens, militant au SNES puis au SNESUP, militant aux Jeunesses socialistes de 1953 à 1956, et ayant adhéré au PS en 1971.

    - Jean-Marie Alexandre, né en 1946, fils d'employé des mines adjoint au maire socialiste de Souchez, entré à l'École normale après la troisième, instituteur, secrétaire général à la coordination du SNI, membre du PS depuis 1968

    L'équipe regroupée autour de Daniel Percheron et Jacques Mellick s'emploie à dénoncer l'immobilisme militant de la direction sortante, son manque de discipline à l'égard de la direction nationale et son insuffisante attention aux problèmes économiques et aux luttes sociales, manière de rappeler la nécessité d'un rééquilibrage de la fédération au profit du bassin minier en évitant de heurter de front ses élus.

    Des outils sont mis en place tel le CERES, (centre d’étude, de recherche et d’éducation socialiste) dirigé par Chevènement et ses amis dont le véritable lancement dans le département, en 1973, est soigneusement organisé par Daniel Percheron, Jacques Mellick et Jean-Marie Alexandre, secrétaire général adjoint du SNI du Pas-de-Calais.

    Le CERES dans le Pas-de-Calais apparaît donc avant tout comme un moyen de mobiliser le milieu enseignant pour renverser l'équipe molletiste.

    Vidéos souvenirs

    En 1973, Percheron n’a que 31 ans lorsqu’il met un terme au Mollétisme en s'emparant de main de maître de l'appareil socialiste du Pas-de-Calais pour prendre la Présidence de la Fédération.

    De 1975 à 1976, 2000 adhérents supplémentaires sont comptabilisés. 50 nouvelles sections et surtout 112 groupes socialistes d'entreprise (GSE) sont créés.

    Le travail des sections est pris en charge pour une bonne part par la fédération qui, fait unique en France, a mis sur pied une imprimerie procédant gratuitement à l'impression de tracts et de journaux dont les permanents proposent au besoin le modèle.

    C'est en effet à cette période qu'est réactivée l'image d'une fédération “ouvrière”, “engagée dans les luttes”, “militante”, “unie”...

    Ce travail symbolique s'opère dans plusieurs directions ; le militantisme est par exemple systématiquement valorisé dans la presse fédérale : les sections les plus méritantes font l'objet de reportages, les portraits des élus mettent en avant leurs qualités militantes et la dimension “socialiste” de leur gestion, les vieux militants du parti sont mis à l'honneur.

    La fédé du Pas-de-Calais est avant tout électoraliste. Certains s’attarderont à regretter l’absence de débats idéologiques, la démocratie interne faible” et le fait que le PS local soit un “parti d'élus et de supporters d'élus”.

    Les élus ne cessent de rappeler leurs origines ouvrières : la simplicité, la bonhomie, le goût de la bonne chère, l'usage du “chtimi”

    Le maire apparaît au centre de toutes les nombreuses manifestations locales, est déjà très éloquente. Pas un week-end sans que celui-ci ne préside une réunion d'association ou n'assiste à un banquet.

    Cet activisme associatif s'explique par la concurrence acharnée à laquelle se sont livrées sur ce terrain depuis près d'un siècle, d'abord les Compagnies, l'Église et les municipalités ouvrières, ensuite les militants socialistes, communistes et aussi démocrates-chrétiens.

    La densité des associations dans les villes ouvrières du Pas-de-Calais n'est donc pas l'expression “naturelle” de la sociabilité ouvrière, mais le fruit de l'intérêt qu'ont eu élus et militants à la canaliser en leur faveur.

    Vidéos souvenirs

    La volonté de maîtriser toutes les initiatives à travers un contrôle étroit des subventions caractérise la gestion d'Henri Darras (maire de 1952 à 1981), ainsi que celle de son successeur, Jean-Pierre Kucheida.

    Le contrôle de la vie locale y est très étroit grâce à une politique de présence tous azimuts du maire et de ses principaux adjoints. On comprend mieux dès lors la position cruciale qu'occupent les élus dans la structuration locale du milieu socialiste, et les raisons pour lesquelles toutes les campagnes électorales ou de propagande orchestrées par la fédération utilisent leur notoriété et leur image pour faire passer le message.

    Dans les années 70, le PS a nettement mieux résisté dans le Pas-de-Calais, jusqu'à rafler la totalité des sièges de députés en 1981 et la majorité absolue au Conseil général en 1982.

    Source de documentation : http://ceraps.univ-lille2.fr/fileadmin/user_upload/enseignants/Sawicki/Sawicki-Les_reseaux_du_PS__2_.pdf


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